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  • Quatorze

    En cette journée du souvenir, qui ne permettra pas aux Chalabroises et aux Chalabrois de se joindre à l'hommage officiel rendu aux Poilus, JIEL propose un poème pour ne pas oublier.

    jiel

    Une croix et un poppy déposés au monument aux Morts par la communauté anglophone

    Dimanche 8 novembre 2020

    Quatorze

    Dans cette nuit d’été au ciel de lumière

    Le vacarme des canons a brisé leurs tympans

    Les hurlements bestiaux venus des ténèbres

    Ont changé ces hommes en fantômes rampants

     

    Les rats effrayés ont regagné leur tanière

    Les poilus sont comme eux gris et puants

    Recouverts de poudre de sang de poussière

    A peine savent-ils encore qu’ils sont vivants

     

    Dans ces dernières minutes avant le chaos

    Ils serrent sur leur coeur une photo froissée

    Ou le papier usé de mots d’amour si beaux

    D’une mère adorée ou d’une bien-aimée

     

    A la première lueur de ce jour dérisoire

    Ils bondiront hors de leur refuge misérable

    Pour aller chercher les larmes de gloire

    D’une course éperdue d’un destin pitoyable

     

    Le silence est revenu l’obscurité s’éteint

    Les yeux de mes camarades d’infortune

    Racontent leur vie prédisent leur fin

    Les regards d’effroi leur dernière torture

     

    Ils oublient désormais la misère des jours

    Les blessures du corps les fêlures de l’âme

    La peur de la mort dans les tripes toujours

    Demain pour certains pour les autres le drame

     

    Le soleil va bientôt pointer sur la nature absente

    Serrés comme un seul dans des odeurs confuses

    De merde et de vinasse dans une agitation lente

    La baïonnette au canon quand déjà les balles fusent

     

    Le sifflet retentit les hommes devenus fauves

    Au prix de mille efforts se lancent dans la terreur

    Et courent sans penser et tombent sans cause

    Dans une folie collective de mort et d’horreur

    JIEL

  • Lettre de Poilu

    pierre castres

    Le texte mis en ligne avait paru dans le Tome XII, édité en septembre 2015 par l’association Il était une fois Chalabre, à l’occasion du Centenaire de la guerre 1914-1918. Il s’agit de la dernière lettre que Pierre Castres adresse à sa famille, depuis Monastir, en Serbie. Le bulletin de décès le déclarera « Mort pour la France » à la date du 20 mars 1917.

    pierre castres

    pierre castres« Lundi 19 mars 1917 (après la soupe du soir).

    Ma chère Claire

              chers tous.

    Je croyais recevoir de tes nouvelles ce soir. Je n’ai pas eu ce plaisir. Jean a été plus favorisé. Il a eu une carte de Jeanne du 2 mars. Il est venu m’en faire part et me demander si de mon côté j’avais eu de vos nouvelles. Nous avons causé un bon moment ensemble, puis le lampion (ordonnance) est venu le chercher pour aller à la soupe. Il m’a prié de vous donner le bonjour de sa part. Il va très bien et attend avec impatience le jour de la paix. On nous a lu ce matin au rapport que les troupes françaises avaient fait une avancée assez appréciable sur le front français. Il nous tarde à tous d’avoir de plus amples détails sur les opérations en cours. De notre côté il arrive tout le temps des prisonniers Bulgares pris par les français du côté de Monastir. Parmi les Bulgares il y a quelques Boches et même des Turcs. Ils sont crottés et paraissent fatigués, il y a paraît-t-il 2 mois qu’ils sont en première ligne. Nous avons vu leur pain qui est presque aussi noir que celui des boches. Ils paraissent en avoir assez de la guerre et se plaignent des Allemands qui leur ont pris tout ce qu’ils avaient dans leur pays pour ravitailler les soldats allemands et à eux ils leur font serrer la ceinture. Tous les officiers sont généralement des Boches, ainsi que les artilleurs. Le canon tape dur et je crois que nous réussissons à faire du bon travail. Je ne crois pas que nous attendions longtemps à aller entendre la musique d’un peu plus près. J’espère que cela se passera en famille. Il paraît qu’ils se rendent assez facilement.

    Espérons que ce sera le dernier coup et que la paix nous arrivera bientôt.

    Je vais bien et n’ai pas du tout le cafard.

    Bonne santé et bon espoir.

    Le bonjour à la famille François ainsi qu’à tous les amis. Il nous tarde de savoir si les copains Faure et Fournès se sont bien sortis de l’échauffourée.

    Bons baisers à toute la famille.

    Je vous embrasse à tous de tout mon cœur.

                         Ton petit Pierre ».

    pierre castres