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  • « Regards… »

    « Regard, action de regarder, de porter la vue sur quelqu'un ou quelque chose ». La définition est courte et précise, mais Cine est allée voir ce qu'il y avait au-delà des guillemets :

    «… A ma Chère Karine, mais aussi à André, Jean-Pierre… Et tant d'autres.

    Toute cette lumière que je pressentais à mon arrivée, au travers de mes fines paupières, que me voulait t'elle ?  M'ouvrir les yeux sur ce monde que je ne pouvais encore deviner, mais qui m'attendait. Quelques heures se sont écoulées, et sous mes paupières fermées mon regard angoissait de la découverte. 

    Ces paupières lourdes pourtant, peu à peu, se sont apprivoisées à mon jour naissant. Puis doucement, sous quelques mouvements furtifs, se sont ouvertes au jour. A cette lumière terrestre si blanche, si claire et que je devinais déjà si belle. Et mes yeux en furent tout étonnés et ravis. 

    Le tout premier… le Seul… le Vrai à jamais, que je croisais… fut son Regard. 

    Ce magnifique Regard penché sur moi, qui me garantissait déjà, inéluctablement, un Amour sans failles. Ce Regard qui me couvait, qui m'appelait, qui me contemplait, qui m'offrait déjà tout son être explosant d'émerveillement, de bonheur et d'Amour. 

    Ce Regard, je le connaissais depuis la nuit des temps. De cette nuit d'où je venais, d'où je sortais. Ce Regard que je sentais, posé sur moi avant que de le voir. Avant que de le deviner, le découvrir et le connaître... Maman !

    Il ne pouvait qu'être chaleureux et brûlant pour me marquer au fer rouge, pour le reste de ma vie ! Celui que seul, et à jamais, devait me suivre tout au long de mes jours. Et qu'un jour, j'emporterais avec moi, car en moi !

    Qu'ils étaient gais et joyeux tous ces regards de famille et d'amis penchés sur moi à capter mon regard. Qu'il fut noir, bleu, vert, marron ou noisette… ce n'était qu'éclats de voix et de rires qui s'amusaient des ressemblances du visage et du regard. Le mien tout innocent, empli de lumière et d'étoiles, s'émerveillait des découvertes et de douceur sous les baisers.

    Mais mon regard devait apprendre le temps… Celui qui implacablement se moque de son propre temps, des êtres et des choses. Celui qui ne vit que de par son seul nom : cruauté. 

    Insidieusement il s'était penché sur l'ange naissant.

    Ce fut un changement furtif, à l'heure rosée de la petite enfance. L'heure des premiers balbutiements. Les regards autour, peu à peu se sont étonnés, se sont interrogés et devinrent soucieux. Avant que de soupirer et se désoler : l'évidence de la différence perçait ce beau regard d'enfant. Mais l'amour absolu des parents fait fi de tout !

    Peu à peu les jours, si roses et si bleus se sont teintés de gris. Et le regard de l'enfant ne trouva que reflets dans l'or du regard maternel et dans les regards du seul vrai Amour. Celui qui ne voit que la beauté de l'être et le fond de son âme. Et l'enfant, sous tous ces reflets d'or, restait aveugle face à ce temps qui sournoisement se faisait méchant. 

    Mais un nid, aussi douillet soit-il, se doit de donner l'envol à la découverte de la vie extérieure. Un jour, au milieu d'une cour d'école, le regard connu des regards nouveaux, aussi innocents que lui et qui surent s'apprivoiser. Des yeux qui se posaient sur lui, et ne savaient que partager et lui rendre son sourire. Des yeux qui se sont émerveillés avec lui, à l'unisson, de cette découverte des jeux et des amours d'enfants. Les regards rayonnaient et s'envolaient de joie dans la sérénité de l'enfance. Car à cet âge là, le cœur est innocent et aveugle aux choses de la vie. Et ce regard là s'ouvrait, s'abrutissait des couleurs de cette vie nouvelle.

    Mais… Fallait il un « mais »… le temps fuit, fait grandir… Et devait s'enfuir l'insouciance d'une enfance encore présente. La cour d'école un jour s'est évaporée… faisant place à la cour des grands ! Enfin, ces grands qui se disent grands !... se croient très grands même !... et oublient qu'ils étaient les petits, si petits, tout petits même… juste l'an passé. 

    De petit à grand, là est bien la différence… C'est là que se devine LA différence… et que se vit l'apprentissage de l'Indifférence. 

    Tous les regards se sont posés sur son regard. Sur ce tout petit être doux et innocent ne cherchant qu'à donner et recevoir. Ayant le regard si brillant encore d'un nouvel éclat. Celui de l'espérance dans la découverte de cette nouvelle rentrée scolaire. Tous ces regards, baissés sur ces beaux yeux, qui ne quémandaient qu'amitié, tendresse ou amour, devinrent brefs et n'accrochaient pas le regard. Car le regard de l'adolescent ne s'apitoie pas, ou si peu. 

    Les jours de jeux et de rires, ont laissé place aux jours de railleries, de moqueries, de peine et d'isolement. Sous la vexation, le regard s'ouvrait sur sa propre vérité. Une vérité jusqu'alors inconnue, non discernée car bien cachée par l'amour filial. Tant de méchanceté faisait exploser une réalité qui ne laissait aucun doute. Et durcissait parfois le regard qui, dans la douleur, apprenait à faire face.

    Alors l'éclat des yeux de l'enfant s'est voilé, teinté de réprobation et d'incompréhension. Sous tant d'expressions contenues, ses yeux pourtant se faisaient encore plus beaux. Mais les regards peu à peu ont divergés, et se sont détournés à jamais. Ne restaient que les âmes humaines et sensibles pour égayer et adoucir les jours. Le regard continua d'effleurer la vie et appris à affronter les années qui suivirent. Il se vit grandir et s'épanouir entre enfance et adolescence, faite de quelques joies et de douleurs. Ces yeux que plus personne ne voyaient, appelaient au secours, sollicitaient aide, réconfort et attention. Des yeux qui prenaient conscience que les seules portes ouvertes étaient celles du cœur. Celles de la maison.

    Mais… Fallait il encore un « mais »… L'enfance, l'adolescence aussi belles qu'elles doivent être, aussi cruelles soient-elles, doivent aussi affronter le monde des adultes. Le regard restait aussi beau. Le corps lui s'était transformé, enveloppant ce joli être dans une gangue fragile. Il ne restait presque plus de regards autour. Que ceux, si chaleureux et plein d'amour, des parents. 

    Alors où donc étaient passés les regards familiers, connus ou croisés ? Ils avaient changé ! Ils se posaient, frôlaient, fuyaient, s'apitoyaient. Mais plus cruel encore pour ce regard resté si doux… se dérobaient. Comment ne voyaient-ils pas ma douleur sous un tel rejet ? Tous ces regards me rendaient coupable d'être moi, ce que j'étais et que je n'avais pas choisi d'être. Mes yeux scintillants d'éclats bien malgré eux, se sont maintes fois noyés dans les larmes. J'avais réalisé que mon regard, dont la lumière tendait à s'éteindre, garderait à jamais une forme d'innocence… 

    Que restait-il des joies de l'enfance ? Que restait-il des quelques copains et copines de l'école ? Tout doucement, insidieusement, mis de côté, mon regard aux vôtres, disparaissait. Pourquoi ? Quelle en était ma faute ? 

    Pauvre beau et doux regard ! Ta souffrance vivait aussi au rythme de celle des tes parents. Tes larmes de douleur et de colère, traçaient les sillons d'une vie qu'ils avaient espéré belle.

    Alors que le regard posait un œil adulte sur une vie terne, on pensa ranimer au mieux le regard.  A contrecœur on trouva une nouvelle école. Vous savez bien ! Celles que l'on nomme « centre ». Une de celles où le regard doit être là pour s'adapter !... Sans penser que ce sont vos regards qui ne s'adapteront jamais. Une de celles où le regard ne sera plus différent des autres !... Alors que ce sont vos regards qui ont toujours fait la différence. Le regard bien qu'abandonné s'est accoutumé mais a gardé sa peine. On ne le vit plus traîner dans les rues du village. Combien étaient-ils, avec leurs sourires innocents ou avec leurs fauteuils, cachés aux regards ? Combien sont ils toujours à l'ombre des murs, abandonnés et oubliés ? 

    Alors vaincu, le regard s'apaisa à retrouver ses semblables. On lui offrait un lieu où tous les regards se reconnaissaient déjà, sans se juger, se moquer ou s'affronter. A s'apprécier et se regarder tel qu'on était. Où tous les yeux savent à jamais garder l'innocence de l'enfance. Où tous les sourires rayonnent sous des mains qui se tendent emplies de don de soi. Où  tous les regards abandonnés là, ne demandaient qu'à vivre comme toi et moi. Où les regards devraient refléter la beauté de la vie… avant que de n'en connaître que la laideur. Où ces regards n'ont pu goûter à tous ces moments privilégiés de folies et instants sucrés de la jeunesse. N'ont pu vivre ces bonheurs que vous avez connus. Ils n'y ont pas eu droit !

    Bien de ces regards-là ont cherché vainement et désespérément l'âme sœur, autant qu'ils en ont rêvé. Certains de ces yeux, à trop de ravages au cœur, n'ont pas subi ceux du temps. 

    Il y eut des jours, où les étoiles dans les yeux s'étant éteintes, le regard attiré par le bleu, trop bleu des cieux, s'y est envolé. Pour s'y confondre et disparaître à jamais. Fallait-il y voir une aide ?… Ou un nouveau coup de grâce du destin ? Il allait sereinement retrouver cette lumière si vive et si blanche qui l'avait accueilli en ce monde, dans une explosion de joie. De ce jour où son regard s'envola, il prit de la hauteur. Ce fut alors à son tour de poser sur vous ses yeux « autrement » ! Mais n'ayez crainte, son regard ne sera que tolérant, ayant tiré une richesse de la vie dans la douleur de la vivre. Et vous aujourd'hui, grands et petits dont les yeux virent chaque jour des joies à la tristesse, qui vivent la vie telle qu'elle aurait dû être pour eux, ouvrez vous à eux. Posez un regard chaleureux et bienveillant sur tous ces êtres nés de différences. Ne les ignorez pas et partagez avec eux. Tous ces regards qui ne cherchaient qu'à capturer votre regard, tous ces regards tant ignorés, moi ils me manquent. Et me manqueront à jamais ».

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  • Fête des Mères

    cineEn ce dernier dimanche de mai, Cine repense à cette journée spéciale que la tradition perpétue depuis 1906, et qui a pu conférer au collier de pâtes, une valeur inestimable.

    Fête des Mères

    « Qu'il est loin le temps des seuls cadeaux préparés en secret, dans la salle de classe. Parfois bien naïfs certes ! Mais si beaux à nos yeux d'enfants ! On y passait quelques heures à les fabriquer, avec plein d'ardeur et de bonheur. Et toujours pressés de les emporter, en catimini, cachés dans nos cartables. Il y avait tellement d'émotions retenues, que parfois, trop pressés, certains tendaient leur présent dès l'arrivée à la maison.

    Mais c'était le dimanche qu'on laissait éclater notre joie au plaisir de l'offrande qu'on lui tendait, disant « Bonne fête Maman ! ». 

    On n'oubliait pas de lui réciter la jolie poésie, que l'on avait apprise par cœur des jours durant, et qui finissait malgré tout… en une cavalcade de jolis balbutiements. Ah! Qu'ils étaient doux et chauds Maman tes baisers fondant sur nos joues ! N'était ce pas merveilleux ?!

    Et nul besoin de louis d'or et autres euros, pour ramasser quelques beaux bouquets dans les prés alentours, que l'on offrait avec tout l'élan de notre être, gonflé  d'amour pour Elle. Comment oublier ce passé empreint de tant de sérénité et d'innocence enfantine ? Comment ne pas avoir la nostalgie du passé quand cette fête est principalement une fête pour les commerces ? Combien d'enfants ont encore aujourd'hui les poches vides pour leurs Mamans ? 

    La seule fête réside dans le partage au fil des jours, du plus grand, du plus beau et du plus précieux sentiment : l'Amour maternel. Il faut dire à tous les enfants, petits… et grands aussi, profitez de votre Maman si belle et éternelle à vos yeux. Vivez avec elle de ces petits riens, si précieux plus tard, et qui ne sont que bonheur !... Profitez de celle qui vous a donné le jour, ne l'oubliez jamais dans vos pensées. Car elle a toujours vécu pour vous, en s'oubliant parfois, pour vous donner le meilleur d'elle même. Serrez la souvent contre vous, et osez lui avouer bêtement votre amour. Vous y goûterez des instants de plénitude. 

    Et quand ses cheveux blancs, sous ses traits fanés la rendront plus belle encore, osez le compliment qui la fera rosir de plaisir. Et quand ses mains seront ridées après tant de labeur, ne les lâchez jamais ! Car elle n'a jamais lâché les vôtres. Et quand son regard vacillera, à se perdre parfois loin de vous, faites toujours briller ses yeux de joie… et non pas de larmes. Et quand elle fera tout pour vous cacher ses lèvres tremblantes, faites la rire et sourire au possible. Et quand son corps deviendra las et lourd, sous les années passées, offrez lui la force de vos bras en lui disant encore et toujours des mots d'espoir. Faites la vivre au mieux !... Et créez vous des souvenirs. Savourez tous ces instants de vie, dont on a conscience plus tard, du cadeau qui nous était fait de prononcer encore et toujours le plus beau et le plus doux des mots : « MAMAN ».

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    Quand toutes ces fêtes s'égrènent, alors qu'ils ne sont plus là. Quand mes doigts pleurent, ce que mon cœur saigne… du rouge sang dans l'encre noire… A Celle qui fut mienne, et naïvement… avec mon cœur d'enfant :

    Bonne fête ma chère Maman

    Tu n'es plus ici, tu n'es plus là 

    Je te serre fort dans mes bras 

    Par delà la vie, au delà du temps. 

     

    Bonne fête ma douce Maman 

    Je revis ces jours d'autrefois

    Qui réunissaient autour de toi 

    Ta ribambelle de petits et grands. 

     

    Bonne fête ma petite Maman

    Qu'il est loin le temps des langes

    Quand nos mains emplies de louanges

    Levaient vers toi de naïfs présents.

     

    Bonne fête ma tendre Maman

    Alors tes yeux pleins de larmes 

    Inondaient de douceur et de charme 

    Ton beau sourire qui rayonnait tant.

     

    Bonne fête mon amour de Maman

    Tous ces regards qui t'enveloppaient

    N'imaginaient la vie et sa destinée

    Ni la souffrance au vent du néant. 

     

    Bonne fête mon éternelle Maman 

    Que nos cœurs pleins d'amour 

    Et tous nos baisers de velours 

    Soient pour toi étoiles au firmament.

     

    Bonne fête inoubliable Maman 

    Ton image jamais ne me quittera 

    Ton beau visage est ancré en moi 

    Car à jamais figé dans le temps ».

  • Le bain familial

    Le temps file, et laisse derrière lui son lot de transformations, telles les évolutions intervenues sur le quartier du Pont-Vieux. Avec l’évocation récente de la bâtisse voisine des Bains Douches, Cine se souvient :

    cine« Malgré les vapeurs du dimanche, et le temps qui passe, les bains douches sont toujours là. Pas une pierre ne s'effondre. Il faut croire que la vue de tant de beautés nues, si je puis dire, les ont gardés en pleine forme. Ils en ont vu des mômes et des adultes défiler avec gant, savon et serviette à la main. On aurait pu chanter comme Brel,  « Au suivant,… et au suivant... ». Dans les moites vapeurs et sur le caillebotis, on allait se décrasser de la semaine, après remise d'une piécette à Mme Jeanne Courrent, mère d'Alain et Mariette. 

    En tous cas, je n'ai pas souvenir « d'aller aux bains » (tiens ça fait classe) tous les dimanches. A la maison, dans ces années 1950 point de salle de bains. Dans la petite cuisine, l'évier de pierre était notre seul lavabo. Le dimanche, un rituel se mettait en place. Debout dans la bassine en fer, avec l'eau chaude de la bouilloire, posée à l'année sur la cuisinière à charbon, nous passions au lessivage. En ringuette derrière la porte, nous attendions notre tour. 

    Maman de sa main énergique nous astiquait avec la pierre Savon de Marseille, qui massait aussi (shampoing oblige), notre cuir chevelu. Avant qu'une autre gamelle renversée au dessus de nos têtes finisse le rinçage complet. Et tout cela en un temps record. Car l'été, dans la douceur des jours, point de problèmes ! D'autant qu'avec la chaleur on passait notre temps dans l'eau de Baratte ou de la 3e Piche. Mais l'hiver… c'était plus folklo !

    La température ambiante dans la cuisine, était assurément bonne pour sécher le cochon. Et encore ! La seule cuisinière à charbon n'arrivait pas à lutter contre le froid ambiant. De fait, on passait à la méthode alcool à brûler. Une bonne dose versée dans un récipient de fer... un jet d'allumette et je me vois reculer devant la flamme haute. Cela me faisait un peu peur. Mais chauffage immédiat garanti. 

    C'était alors la course contre la montre, entre les lavages rinçages et le feu qui se consumait à grande vitesse. Les « Aïe… j'ai du savon dans les yeux,… ça pique aux yeux », « tu me tires les cheveux », devaient bien mettre à rude épreuve les nerfs de ma si chère Maman. Car une chose finissait de parachever et embraser l'ambiance… les rires et les railleries de la fratrie, admirative devant nos jeunes fessiers. Après ce passage nous ressortions nez luisant, pour enfiler nos habits du dimanche, assortis des Pataugas de chez Canat. L'été c'était les tennis blancs séchés au soleil, car reblanchis au Sadol Blanc. A Chalabre, tout le monde n'a pas connu cela. Certains avaient les douches à la maison. Pour nous ce fut en 1963. Ce fut un vrai changement et un vrai régal pour tous.

    Je me souviens aussi du massif dans la cour des bains douches. Certains soirs nous faisions les « tustets » chez une dame de la rue (Tante Flore je crois) et on allait se planquer à plat ventre, derrière le massif. Vu le peu de hauteur, comment penser que l'on pouvait être invisibles ? Bêtas que nous étions. Cheveux explosés, elle sortait en chemise de nuit de drap blanc, telle un fantôme, balai à la main et c'était à sauve qui peut. J'en ai encore l'image. Bien d'entre nous ont vécu cela. On savait s'amuser et rire de petits riens. Mais ce sont juste mes souvenirs à moi, et comme tant d'autres ils survivent en moi. Chaque jour ils me rappellent d'où je viens ».

  • Sur le cours d’Aguesseau, les souvenirs se raniment

    cine

    Avec la brève évocation de ce qui fut au siècle dernier une boutique de buraliste, doublée d’un commerce de proximité par excellence, Cine se souvient.

    « Chère Raymonde, si jeune et un joli minois dont je dirais un petit air de Piaf. Jolis souvenirs de notre tendre jeunesse. Chez elle, c'était le passage obligé des jeunes partant vers l'école.  L'époque où l'on découvrait les plaisirs sucrés sous une myriade de couleurs. 

    Je lui tendais ma petite main, qui s'ouvrait sur... combien ?? 20 sous... ? 2 ou 5 sous... ? 5 centimes ou 10 centimes de francs ? Juste ce qu'avait pu me donner l'amour de ma douce Maman. Chère Maman, c'était déjà donner tout ce qui t'avais manqué.

    Ma bouche s'en souvient encore de ces « hosties » pleines de poudre acidulée, du Zan, des carambars, des têtes de nègre (dont on se permettait encore, doigts plongeants, de choisir le motif), les rouleaux noirs et bâtons de réglisse qu'on mastiquait jusqu'à la moindre fibre jaunâtre.

    Ces friandises en forme de petits pois verts, les boules de coco, les bracelets faits d'anneaux colorés. Et puis les fraises, les lézards visqueux, les nounours de guimauve, les pièces au papier d'or, les pétards à la gloire de ces petiots… et j'en oublie tant et tant !! Mais j'adorais les malakoffs, les petits Miko et les petits parapluies tout de chocolat. Sans oublier les roudoudous, ces coquilles colorées qu'on léchait, léchait… à s'en décoller la langue ! 

    Mademoiselle Castres surgissait derrière son comptoir avec un gentil sourire, nous délivrant un regard souvent bienveillant. Mais voilà qu'une envolée d'oisillons venait d'entrer pour se camper devant l'étal aux mille couleurs. Devant un tel choix, voyez bien tous ces yeux qui roulaient comme des billes.

    Mais ils surveillaient déjà, du coin de l'œil, le gentil sourire de Mademoiselle Castres. Fallait pas qu'il dégénère pour disparaître sous des sourcils froncés. Car, allons, allons !!... ne me dites pas le contraire. Combien serions-nous à le confesser ?? Tant de friandises à portée de petites mains innocentes… ces petits doigts agiles et innocents… ne pouvaient le rester longtemps... !! La tentation (oh ! combien elle est terrible), la tentation dis-je, était trop forte. 

    Nos poches n'avaient pas les dollars. Et il en fallait beaucoup pour un estomac qui se tordait devant tant de gourmandises.

    Les malabars ne s'en souviennent plus… mais mes jeunes remords encore ! Je ne m'y hasardais que deux ou trois fois. Et me direz-vous, c'est déjà beaucoup ! Car l'éducation fit passer en mon être de terribles remords, et la honte une fois d'être surprise en flagrant délit. Mais chère Raymonde tu avais un fond de compréhension car tu aimais tous ces jeunes.

    Et souvenez-vous de ce bouquet attractif, formé de cônes cartonnés. Des surprises ! Quand on avait la chance d'en acheter une, on la soulevait, la soupesait, la secouait, faisant toute supposition sur le trésor qu'elle pouvait nous réserver. Une fois elle en vendit des géantes. C'était bien souvent des petits jouets miniatures, mais oh combien précieux !

    J'aimais ta boutique et le miel de son bois. Mais je me suis émerveillée de tous ces livres et revues dont les étagères débordaient. Je me suis faufilée, très tôt, au fond à droite, un peu cachée par le comptoir. Car j'ai eu la chance d'avoir une Mémé qui me disait, « Va chez Raymonde te choisir un livre, je passerai le payer ». Elle me le disait une fois par mois, juste une. Et j'attendais ça avec impatience. Mon cœur n'a rien oublié, pas même l'orage qui m'est tombé dessus, une fois (et ce fut la seule) alors que devant une hésitation de choix, je m'étais permis deux livres au lieu d'un. Cela faisait des sous. 

    « Piétat », les livres étaient en ce temps des trésors dont peu d'anciens pouvaient s'approcher. Et je sais aujourd'hui, qu'en me les offrant elle me donnait ce qui lui avait sûrement manqué. 

    Grâce à elle, ce fut une révélation et un début de passion. Combien de fois me suis-je endormie livre en mains, lumière allumée. Ensorcelée et vivant dans un autre monde, je tombais dans des rêves peuplés sans me soucier de Maman qui se relevait pour éteindre ma lampe. J'y ai acheté (à 7 ou 8 ans) mon tout premier livre : « Pétitou au zoo ». Pétitou… Une résonance particulière puisque Papa m'appelait ainsi. Ce livre dans mon idée, était-ce moi ? Loin de là !

    Et, tout comme le poupon de chez Marthe, il est (et sont), toujours là. Car peu à peu, ce furent les livres du Club des Cinq, et aussi souvenez-vous, des collections qu'on disait de « bibliothèque Rose et Vert, Rouge et Or  ». Dans le choix de mes lectures, je passais un temps fou près de Raymonde. Elle me laissait faire. 

    C'est un peu de Mémé et de Maman que je garde près de moi. Car j'ai compris très très jeune, l'offrande de ces quatre sous gagnés dans la souffrance et la sueur, pour juste s'offrir la joie de voir l'éclat dans les yeux ou un sourire chez les êtres qu'on aime. Oui tant d'amour. Et par respect et par amour, je les conserve là. 

    Aujourd'hui quand je vois bien de ces livres dépérir dans des déchetteries, vides greniers ou autres, je me souviens de leur valeur et j'ai de tendres pensées pour tous ces gens dont le labeur était tout autre ».

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  • Le Noël de Cine

    Avant que la période des voeux ne se termine, et tandis que nos paysages jouent à se mettre au diapason de cartes de Noël toujours plus belles, Cine nous fait part des souvenirs qu'elle garde de cette période qui offre le privilège de prendre congé d'une année et de saluer l'arrivée d'un nouvel an.

    Le Noël de Cine

    Doux, lumineux, chaleureux ! Qu'ils étaient beaux les Noëls de mon enfance. Chaque année, ces Noëls blancs si bien chantés, me reviennent en mémoire. Car l'hiver nous offrait plus souvent la danse des flocons. Ils virevoltaient autour de nous, et la neige emprisonnait le village d'un blanc immaculé. Le temps en était suspendu. Tout était alangui. 

    Le ton était donné avec les crèches aussi belles les unes que les autres. Que sont ils devenus ces très grands rois mages et santons installés à Saint-Pierre, à Notre-Dame et au couvent de  l'Hôtel-Dieu Saint-Jacques ? Cette dernière m'attirait particulièrement. Nous mettions la pièce dans la boite de l'ange, qui nous remerciait d'un hochement de tête. 

    Les commerces, si nombreux à l'époque, avaient leurs vitrines décorées et les crèches y avaient aussi leur primeur. Leurs guirlandes clignotantes illuminaient nos visages rayonnants et renvoyaient des lueurs festives sur le tour de ville. Nous qui n'avions rien, ou si peu, le nez collé à la vitre, nous admirions les jouets chez Valentin, chez Marthe, les Docks ou la Coopé…

    Il est toujours là, intact dans ses habits, ce gros poupon « Nouvelles Galeries » (je crois) sorti de la vitrine de chez Marthe. Il a pris et garde mon âme d'enfant. Qui pourrait en dire autant aujourd'hui ? 

    Pour dire que cette richesse là, reçue du fond du cœur d'une Maman démunie, ne pouvait que survivre au temps par l'affection et le respect que l'on portait au cadeau que nous avions la chance de recevoir.

    Chez Raymonde, ce n'était que beaux livres (dont des lectures m'ont tant fait rêver), des stylos au milieu de quelques babioles sur tissu blanc et soyeux. Tous les magasins se paraient de boules, guirlandes de lumières ou crépons multicolores. Nos yeux étaient éblouis par tous ces chocolats, pâtisseries, volailles, charcuteries, ornées de banderilles et autres mets qui finissaient de nous mettre l'eau à la bouche… Aucune boutique n'était oubliée. Tous les commerçants s'investissaient dans la magie de Noël. Et même si je ne cite pas tous leurs noms, je ne les ai pas oubliés. 

    Mais mon préféré, je ne sais pourquoi, était sans nul doute la petite boutique de M. Sans, à la place. Elle embaumait le café et les bonbons. Dès l'entrée, un long tapis de neige nous accueillait, et c'était pour moi une explosion de couleurs scintillantes. Dans l'immaculé se perdaient les paquets enrubannés de pralines roses, vertes, blanches. Les Pères Noëls et les beaux sabots tout en chocolat enrubannés. Les petits Jésus en sucre. Quelle merveille ! 

    Et puis, mon esprit revit ces Noëls offerts aux enfants des ouvriers de l’usine Canat. Dernier étage du café de la paix, « au Grenier », ou dans la salle du cinéma (photo), avec le Père Noël descendu rien que pour nous.

    J'y ai connu la distribution de chocolats chauds dans les grands bols, qui ne devaient être grands que par ma petite taille. Et les boites fers de gâteaux secs qui circulaient sur les tables installées pour l'occasion. Le parfum d'une orange ou d'une mandarine… Une et pas deux ! 

    Et parfois la distribution de petits sachets transparents contenants juste quelques pralines.

    Le spectacle sur scène nous ravisait, mais l'animation était aussi dans la salle. Tous les enfants piaffaient d'impatience, le regard fixé sur l'estrade. Car devant leurs yeux éberlués, la scène disparaissait sous une multitude de cadeaux multicolores. Chacun s'activait à reconnaître le sien. Pour moi et les miens, rien de plus facile… D'office, on avait repéré en coin le plus grand, le plus gros… qu'on allait emporter fièrement, avant une autre animation à la maison. Du haut de mes si jeunes années qu'il était énorme ce carton empli de présents. 

    Et puis… !! Et puis, comment ne pas parler de tous ces lotos de fêtes de fin d'année. Qui se souvient des devantures de cafés avec leurs volailles vivantes, les cageots ou paniers garnis, les canards gras suspendus avec leur cravate de crépon. Et les jambons bien gros, bien en chair. Tant de lots qui faisaient profit à tous. Personne n'aura oublié le panier de louis d'Or bien installé dans la vitrine du café Tournois, gros lot bien convoité. Personne n'aura oublié le mouton vivant installé sur le trottoir du café de la Paix, qui devenait malgré lui, le clou du spectacle. Je dis bien vivant !!... car il ne le restait pas longtemps le pauvre !!

    Mon frère m'avait dit « grand loto à la Paix, on gagne un demi cochon vivant ! ». Perplexe et abrutie ! Comment peut-on penser une seule seconde qu'un demi cochon soit encore en vie !!  Juste un jour,… un instant… il m'avait bien eue!! Ah, l'innocence de la jeunesse !! Merveilleux et doux Noël de mon enfance !!

    Tous ces lotos drainaient grand monde, venant parfois de très loin. Les « quines » éclataient dans l excitation et le brouhaha général. On criait QUINE à « 11 zonzon », « ca ca carante quatre 44 », « 13 ma soeur Thérèse », « 1 tout seul », « la queue est en l'air… 6 » ou « la queue est en bas… 9 ». Et j'en passe… qui ramenaient en écho, pour se perdre dans la fumée des cigarettes, une flopée de quolibets. C'est alors que surgissait un grand cri  : « boulègue ! ».

    C'est tout cela qui me tient chaud les jours de Noël. Tous ces souvenirs qui croulent sous l'ambiance de l'époque, faite de chaude amitié et de fraternité que j'y ai connu. 

    C'était cela mon village, si cher à mon cœur : Chalabre

    cine

    Quand  les enfants des ouvriers de l'usine Canat attendaient l'arrivée du Père Noël au théâtre municipal