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Patrimoine

  • Quercorb ou Kercorb ? Pour une appellation historiquement fondée

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    En mars 2025, la salle du conseil municipal accueillait la première réunion de lancement d’un ambitieux projet de prospection et d’inventaire du patrimoine bâti de la commune. En présence de Jean-Jacques Aulombard, maire de Chalabre, et de Aurélie Subreville directrice générale des services (DGS), les bases de cette initiative avaient été posées, sous la direction de Florence Guillot, historienne et archéologue spécialisée dans l’étude des fortifications médiévales et du patrimoine rural.

    quercorb,kercorb,christophe roncalliDouze mois ont passé, et avant la conférence de restitution ouverte à la population de Chalabre, prévue dans le courant de l'année 2026, Christophe Roncalli, membre du groupe de recherches, propose de revenir sur un des éléments permettant de mieux comprendre l’histoire médiévale de Chalabre et du Quercorb.

    Quercorb ou Kercorb.pdf

    « Aussi loin que mes souvenirs me ramènent, ce débat enflammé entre les partisans du K et du Q a toujours animé les soirées chalabroises et à l’instar des sujets clivants comme la chasse ou la corrida les avis étaient tranchés voire irréconciliables. Dans les discussions actuelles sur le nom du pays autour de l’ancien castellum de Quercorb, deux camps continuent de « s’opposer » : les partisans d’un « Kercorb » modernisé et ceux qui défendent des formes plus proches des sources médiévales.

    Alors qu’en est-il ? Doit-on écrire Quercorb ou Kercorb ?

    La réponse est : ni l’un ni l’autre

    En effet, l’examen des textes du Moyen Âge montre clairement que, pour désigner la région, les formes les plus justes sont Quercorbès, Chercorbès ou Quercorbense, à l’image du Razès, du Sabartès ou de l’Olmes, qui étaient autant de subdivisions d’un vaste pagus toulousain puis carcassonnais.

    Les noms du pays : du castellum de Quercorb au Quercorbès

    Les plus anciennes mentions du pays se rattachent à un château aujourd’hui disparu, le castellum de Quercorb (voir nos articles précédents), qui a donné son nom à l’ensemble de la région. Les documents latins parlent d’honor Caircurbensis ou de Quercorbense, formes qui, transposées en langue d’oc, deviennent Quercorbés ou Chercorbès.

    Ces appellations se déclinent en plusieurs graphies, selon la langue et l’époque : Caircurbensis, Quercorbense, Quercuscorbesii, Quercorbés (ou Quercorbès), Chercorbès.

    Toutes renvoient à un même noyau territorial structuré autour du château primitif, ensuite relayé par d’autres pôles castraux comme Balaguier. La graphie « Kercorb », avec un K initial, relève d’un usage contemporain, revendiqué et identitaire, mais ne correspond pas à la réalité graphique de la documentation médiévale, où dominent les dérivés en Querc- et en -corb / -corbes / -corbense.

    Un « petit pays » castral comme le Razès, le Sabartès, l’Olmes

    Pour bien comprendre ce que recouvre Quercorbès au Moyen Âge, il faut le rapprocher des autres « petits pays » du Midi : Razès, Bas-Razès, Sabartès, pays d’Olmes, Carcassès, etc. Il ne s’agit pas seulement de noms de terroirs, mais de véritables subdivisions politiques et fiscales à l’intérieur de vastes ensembles comme le pagus toulousain ou le comté de Carcassonne. Les travaux sur le Bas-Razès montrent comment le grand comté de Carcassonne-Razès se fragmente en micro-régions castrales : ancien Quercorbès, Haute-Vallée de l’Aude, terroirs de vigueries (1) et d’officialatus (2) qui structurent la vie seigneuriale et l’encadrement des populations. Dans ce cadre, Quercorbès apparaît comme :

    • un pays castral cohérent (bassin de Chalabre, vallées de l’Hers et de leurs affluents) ;

    • une entité voisine du Razès, du Sabartès et de l’Olmes, partageant avec eux la même logique de « pays » féodaux.

    Privilégier « Quercorbès » pour la région médiévale

    Pour désigner la région autour du castellum de Quercorb dans une perspective historique et médiévale, plusieurs arguments plaident donc pour les formes Quercorbès / Quercorbense (et leurs variantes) plutôt que pour la forme modernisée « Kercorb » :

    1.     Conformité aux sources médiévales

    Les chartes, testaments et notices latines ou occitanes emploient des dérivés de Quercorb en Querc-, avec des fins en -corb / -corbes / -corbense. Ce sont ces formes qui structurent réellement l’imaginaire médiéval du pays.

    2.    Inscription dans le système des « pays »

    Comme le Razès, le Sabartès, l’Olmes ou le Carcassès, le Quercorbès est conçu comme une subdivision du pagus toulousain ou carcassonnais, un ministerium ou une viguerie associée à un honneur castral. Le mot se prête naturellement à l’analogie avec Razès ou Sabartès, ce qui n’est plus le cas de « Kercorb ».

    3.    Distinction entre l’histoire et l’usage contemporain

    Rien n’empêche de conserver « Kercorb » comme graphie identitaire actuelle, porteuse d’un imaginaire local, d’une marque touristique ou d’un récit moderne (Il n’y a pas si longtemps des panneaux annonçaient fièrement au visiteur : « Chalabre Capitale du Kercorb »). Mais il est indispensable de la distinguer de la forme historique savante : pour l’époque médiévale, l’orthographe Quercorbès / Quercorbense reste la plus rigoureuse ».

    Sources : Histoire de la Terre Privilégiée de Casimir Pont, Le Cartulaire des Trencavel, Les Comtes de Foix de Claudine Pailhès, Wikipédia (sources multiples ). 1-Petite circonscription administrative et judiciaire locale, ou un viguier juge les affaires au nom d’un seigneur ou du roi. 2-ou officialité, désigne la juridiction ecclésiastique de l’official, c’est-à-dire le tribunal de l’évêque.

  • C'était hier : La chapelle du Calvaire... ressuscitée

    L'article en ligne avait paru dans l'Indépendant, édition du lundi 11 mars 1996.

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    Frédéric Paillard († Juin 2024) montre les fissures du contrefort, qui menacent le clocher

    Photo archives, Février 1996

    Le « Mont Calvaire » qui domine Chalabre au nord, est perché d'une chapelle dont l'origine remonte au XIe siècle, remaniée ensuite au cours des différentes périodes (XIIIe, XVIIe, XIXe). Ce lieu délaissé voire oublié depuis quelques années bénéficie depuis peu des soins d'un ouvrier spécialisé, requis par la municipalité chalabroise et l'ASPAK, association présidée comme chacun sait par Mme Marie-Louise Saddier.

    Ancien artisan et compagnon du tour de France, Frédéric Paillard restaure depuis mai 1995 ce lieu de prières et de pèlerinages, en se mettant au service des Chalabrois soucieux de la préservation des anciens ouvrages. En dix mois de travail, nombre de réparations ont été réalisées, avec parfois la collaboration des employés municipaux, notamment lors de la réfection partielle de la toiture. Le mobilier intérieur, les statues et toiles anciennes, les menuiseries ont tour à tour été traitées et restaurées avec le plus grand soin, afin d'endiguer les assauts de la moisissure, des vers et autres insectes destructeurs. Frédéric Paillard s'est également chargé d'effectuer un inventaire des travaux restant à réaliser et un premier bilan laisse entrevoir un chantier qui pourrait être étalé sur plusieurs années, la réfection des murs extérieurs étant devenue indispensable (piquetage et recrépissage).

    Plusieurs projets susceptibles d'apporter une manne financière ont été évoqués, tels l'organisation de concerts de musique les beaux jours venus, de repas champêtres ou encore des processions, telles qu'elles se déroulaient dans un passé relativement proche.

    Au début de l'ère chrétienne, juste un simple oratoire aurait figuré sur le mont, l'origine de l'édifice actuel pouvant être situé au début du XIe siècle. Le choeur de la chapelle représente la partie d'origine la plus ancienne (roman tardif), divers agrandissements et remaniements auraient eu lieu notamment au XVIIe, date supposée de l'aménagement du chemin de croix, comme en atteste les dates des trois croix placées en façade sud de la chapelle (1605, 1610, 1620). L'agrandissement final serait du milieu du 19e siècle d'après la date située sur la clef de voûte du centre, 1842. Anciennement appelée « chapelle de réparation », la chapelle du Calvaire était un lieu à caractère pénitentiel, dédiée au Christ et à la Vierge, Notre Dame des 7 douleurs, dont la statue figure à la nef sud. Un petit ermitage accolé à la chapelle fut habité en permanence jusqu'au milieu du XIXe siècle, par une succession d'un ou deux ermites de vocation.

    Ceux qui prétendent n'avoir jamais connu de vendanges en Kercorb en seront pour leurs frais, puisque les coteaux du Mont Calvaire étaient recouverts de vignes qui faisaient vivre une petite corporation de vignerons. Ces derniers se réunissaient une fois par semaine, le dimanche matin, dans une cabane commune de base circulaire (la hutte ronde), où ils déjeunaient ensemble avant de partir à la messe de Chalabre. Démantelé en 1907 après la terrible épidémie de phylloxéra, le vignoble fut détruit, seuls les plus fortunés des vignerons replantèrent un cépage américain, les autres, ruinés, durent trouver une autre activité. Ce petit rappel historique permet d'évoquer également les cloches données en 1630 par Jehan Antoine de Bruyères, fondateur du couvent des pères capucins, qui desservaient la chapelle au XVIIe siècle.

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    Ces cloches résonneront elles à nouveau dans l'espace chalabrois, Frédéric Paillard s'emploie sans compter afin de pourvoir à la restauration de ce lieu privilégié, en espérant parfois le retour des « marguilliers » du Calvaire, congrégation appartenant dans les années 1700 à la « fabrique » paroissiale, et qui prenait part aux dépenses inhérentes au nécessaire entretien de la chapelle.

    Sources, « Chapelle du Calvaire, Recueil tiré des archives de Chalabre » Marie-Louise Saddier                             

  • C'était hier : Villefort : Frédéric Paillard ouvre les portes de l’église Saint-André

    L'article en ligne avait paru dans l'Indépendant, édition du dimanche 7 mars 2021 

    frédéric paillard,église saint-andré de villefort

    La statue de Saint-André, visible au-dessus de l’autel

    Photos archives, Février 2021

    Au printemps 1996, la chapelle du Calvaire à Chalabre avait bénéficié de soins d’un ouvrier spécialisé requis par la municipalité et l’association pour la sauvegarde du patrimoine artistique en Kercorb (Aspak), présidée alors par Marie-Louise Saddier. Ancien artisan ébéniste et compagnon du tour de France, Frédéric Paillard ( † Juin 2024) s’était employé durant dix mois à restaurer mobilier, statues, toiles, ainsi qu’une partie de la toiture et cela en collaboration avec les employés de la commune.

    Néo retraité parti de Chalabre et devenu Villefortois depuis le printemps dernier, il a décidé d’employer un peu de son temps libre au service de l’église Saint-André de Villefort. Autrefois, les « marguilliers », membres de la congrégation appartenant à la fabrique paroissiale, prenaient part aux dépenses inhérentes au nécessaire entretien des lieux de culte. Mais c’était dans les années 1700. Moins nombreux aujourd’hui, ils comptent en la personne de Frédéric Paillard, un digne successeur, défenseur du patrimoine et passionné d’histoire. Il propose également des visites commentées, sur rendez-vous.

    frédéric paillard,église saint-andré de villefort

    Un instrument à clavier est venu enrichir le mobilier de ce lieu saint

    frédéric paillard,église saint-andré de villefort

    La sacristie va faire l’objet de soins particuliers

  • Le Quercorb n’a pas fini de faire parler de lui

    Depuis plusieurs semaines déjà et sous la direction de Florence Guillot (Docteur en histoire médiévale et archéologue), des passionnés poursuivent avec rigueur et patience l’exploration du terrain. Récemment, Florence, Christophe, Jean-Luc, Jean-Pierre et Rodrigue étaient à pied d'oeuvre, et leurs investigations les ont conduits dans les éboulis situés au pied du site précédemment repéré, où deux tours ont été identifiées, dont une probable tour-citerne.

    Comme le précise Christophe : « Ce secteur n’a pas été choisi au hasard : au Moyen-Âge, sur les sites fortifiés, on se débarrassait des objets devenus inutiles — récipients brisés, restes de cuisine, déchets domestiques — en les jetant depuis les hauteurs. Les éboulis constituent ainsi de véritables archives naturelles, conservant dans leur masse pierreuse les traces modestes mais essentielles de la vie matérielle ».

    quercorb,chalabre

    © Photos Florence Guillot

    « C'est dans cette logique que les recherches se sont concentrées sur la possible présence de tessons de céramique, fragments discrets mais fondamentaux pour comprendre les usages, les échanges et la chronologie d’occupation du site » .

    Et les recherches furent fructueuses, jugez plutôt

    quercorb,chalabre

    « L’ensemble observé se compose de céramiques communes, caractérisées par des pâtes grossières contenant un dégraissant minéral visible. (Le dégraissant correspond aux grains (sable, quartz, fragments calcaires…) volontairement incorporés à l’argile par le potier afin de limiter les fissures lors du séchage et de la cuisson et d’améliorer la résistance mécanique du vase). La texture sableuse et la finition relativement simple des surfaces indiquent une production utilitaire, destinée aux usages domestiques quotidiens (préparation, cuisson ou stockage).

    quercorb,chalabre

    Parmi les éléments les plus significatifs figurent plusieurs fragments de cols et de lèvres. Certains tessons présentent des courbures et des profils compatibles avec des portions de cols ou de bords. Ces éléments sont particulièrement précieux en archéologie car ils permettent d’approcher la forme des récipients, leur mode d’utilisation et parfois leur attribution chrono-culturelle.

    Présence d’un cordon digité

    Un ou plusieurs fragments montrent un cordon appliqué en relief, marqué par des impressions digitales. Ce procédé technique, obtenu par l’application d’un boudin d’argile ensuite pincé ou pressé au doigt, peut remplir plusieurs fonctions : renforcement de la paroi, finition d’assemblage ou traitement de surface. Bien que ce type de décor soit connu dès la Protohistoire, il demeure également attesté dans les productions médiévales, notamment sur des céramiques communes.

    Compte tenu :

    • de l’aspect technologique des pâtes

    • de l’absence de glaçure

    • des profils observables

    • et surtout du contexte archéologique du site

    ces fragments s’inscrivent de manière cohérente dans une fourchette médiévale, vraisemblablement comprise entre le XI et le XIII siècle (ces vestiges sont en cours d’expertise).

    Cette chronologie correspond à la période d’occupation du castellum de Quercorb. Dans ce cadre, ces vestiges céramiques peuvent être interprétés comme les témoins d’activités domestiques liées à la vie quotidienne du site castral ou de ses abords. Ces éléments viennent renforcer et confirmer les informations que nous possédions déjà, apportant ainsi une cohérence et une solidité supplémentaire à notre analyse ».

    Le mystère entourant Kercorb (appelez le Quercorb, Cheircorb, Keircorb, Cairocurbum… ils ne vous en voudront pas), est en train de se dissiper peu à peu, chaque nouvel indice nous rapprochant d’une résolution claire et cohérente de l’énigme vieille de mille ans. (Une conférence sur le patrimoine bâti de Chalabre et Quercorb sera proposée par notre historienne courant 2026).