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Patrimoine

  • C'était hier : Une nouvelle perspective pour le pont du Blau

    L'article en ligne avait paru dans l'Indépendant, édition du dimanche 27 mars 2016.

    frédéric paillard

    La pose des panneaux confectionnés par Frédéric Paillard

    Photos archives, Mars 2016 

    Dans le cadre du plan d’embellissement du village engagé par la municipalité, un espace de verdure est en train de naître dans le prolongement du pont qui permet de franchir le Blau. Une initiative qui coïncide avec l’arrivée du printemps, et grâce à laquelle un parterre de fleurs va bientôt colorer un des plus vieux quartiers de Chalabre.

    Il avait hébergé deux containers récupérateurs de verre, puis deux bacs en ciment et un panneau d’informations trop souvent sensible aux écarts de température pour être efficace, ce petit coin du village va également cesser d’être le pré carré des chiens en mal de latrines.

    frédéric paillard

    L’équipe des employés communaux aura d’abord déployé un « hérisson », avant qu’un beau diadème d’osier tressé par Frédéric Paillard, le maître-vannier de la Bâtisse, ne soit fixé. L’avant-dernière étape aura consisté en l’ajout d’une quantité conséquente de terre, dans laquelle divers végétaux auront tout loisir de pousser.

    frédéric paillard

    La valorisation des espaces urbains par l'implantation de vanneries vivantes et géantes va bon train, à l’image des quatre corbeilles qui depuis peu ornent l’entrée de Chalabre, lorsque l’on vient de Limoux. 

  • La cité de Chalabre continue à dévoiler ses multiples visages

    patrimoine bâti de chalabre

    Dans le cadre de l’étude du patrimoine bâti menée sous la direction de Florence Guillot, l’équipe de bénévoles a une nouvelle fois arpenté les rues de Chalabre. Appareils photos, mires et GPS en main, chacun s’est appliqué à relever, documenter et cartographier les éléments remarquables du village.

    Ce travail minutieux permet l’élaboration de fiches de type Mérimée, destinées à enrichir l’inventaire du patrimoine local. Chaque façade, chaque détail architectural, chaque trace du passé est ainsi consigné avec rigueur.

    L’équipe tient à remercier chaleureusement les habitants qui ont accepté d’ouvrir leurs portes, et tout particulièrement leurs caves, où subsistent parfois de précieux vestiges : anciennes maçonneries, éléments remployés, ou structures oubliées, témoins silencieux de l’histoire chalabroise.

    patrimoine bâti de chalabre

    Le groupe en visite aux côtés de Florence Guillot sur le site du Brouga

    Photo archives, 17 mars 2026 

    Mais l’étude ne se limite pas au cœur du village. Elle s’étend également aux écarts et aux sites isolés : églises rurales, vestiges de châteaux, métairies, fours à chaux… autant de marqueurs d’une occupation ancienne du territoire. Dans cette perspective, les cartes anciennes — notamment celles de  Cassini et du cadastre napoléonien — constituent des guides précieux. Elles permettent de repérer des sites aujourd’hui disparus ou transformés, que l’équipe s’attache à localiser, identifier et visiter sur le terrain.

    « C’est ainsi que, récemment, nous nous sommes lancés à la recherche du prieuré de Roquefère mentionné dans plusieurs sources * et figurant sur ces anciennes cartes. Nos pas nous ont conduits du côté de Saint-Martin… mais malgré nos efforts, aucune trace n’est venue confirmer son emplacement. De cette quête infructueuse est née une conclusion empreinte d’humour, comme l’a si bien résumé Freddy : « Le prieuré, nous pouvons mettre une croix dessus ».

    *Dictionnaire Topographique de l’Aude de l’abbé Sabarthès.

    patrimoine bâti de chalabre

  • Quercorb ou Kercorb ? Pour une appellation historiquement fondée

    quercorb,kercorb,christophe roncalli

    En mars 2025, la salle du conseil municipal accueillait la première réunion de lancement d’un ambitieux projet de prospection et d’inventaire du patrimoine bâti de la commune. En présence de Jean-Jacques Aulombard, maire de Chalabre, et de Aurélie Subreville directrice générale des services (DGS), les bases de cette initiative avaient été posées, sous la direction de Florence Guillot, historienne et archéologue spécialisée dans l’étude des fortifications médiévales et du patrimoine rural.

    quercorb,kercorb,christophe roncalliDouze mois ont passé, et avant la conférence de restitution ouverte à la population de Chalabre, prévue dans le courant de l'année 2026, Christophe Roncalli, membre du groupe de recherches, propose de revenir sur un des éléments permettant de mieux comprendre l’histoire médiévale de Chalabre et du Quercorb.

    Quercorb ou Kercorb.pdf

    « Aussi loin que mes souvenirs me ramènent, ce débat enflammé entre les partisans du K et du Q a toujours animé les soirées chalabroises et à l’instar des sujets clivants comme la chasse ou la corrida les avis étaient tranchés voire irréconciliables. Dans les discussions actuelles sur le nom du pays autour de l’ancien castellum de Quercorb, deux camps continuent de « s’opposer » : les partisans d’un « Kercorb » modernisé et ceux qui défendent des formes plus proches des sources médiévales.

    Alors qu’en est-il ? Doit-on écrire Quercorb ou Kercorb ?

    La réponse est : ni l’un ni l’autre

    En effet, l’examen des textes du Moyen Âge montre clairement que, pour désigner la région, les formes les plus justes sont Quercorbès, Chercorbès ou Quercorbense, à l’image du Razès, du Sabartès ou de l’Olmes, qui étaient autant de subdivisions d’un vaste pagus toulousain puis carcassonnais.

    Les noms du pays : du castellum de Quercorb au Quercorbès

    Les plus anciennes mentions du pays se rattachent à un château aujourd’hui disparu, le castellum de Quercorb (voir nos articles précédents), qui a donné son nom à l’ensemble de la région. Les documents latins parlent d’honor Caircurbensis ou de Quercorbense, formes qui, transposées en langue d’oc, deviennent Quercorbés ou Chercorbès.

    Ces appellations se déclinent en plusieurs graphies, selon la langue et l’époque : Caircurbensis, Quercorbense, Quercuscorbesii, Quercorbés (ou Quercorbès), Chercorbès.

    Toutes renvoient à un même noyau territorial structuré autour du château primitif, ensuite relayé par d’autres pôles castraux comme Balaguier. La graphie « Kercorb », avec un K initial, relève d’un usage contemporain, revendiqué et identitaire, mais ne correspond pas à la réalité graphique de la documentation médiévale, où dominent les dérivés en Querc- et en -corb / -corbes / -corbense.

    Un « petit pays » castral comme le Razès, le Sabartès, l’Olmes

    Pour bien comprendre ce que recouvre Quercorbès au Moyen Âge, il faut le rapprocher des autres « petits pays » du Midi : Razès, Bas-Razès, Sabartès, pays d’Olmes, Carcassès, etc. Il ne s’agit pas seulement de noms de terroirs, mais de véritables subdivisions politiques et fiscales à l’intérieur de vastes ensembles comme le pagus toulousain ou le comté de Carcassonne. Les travaux sur le Bas-Razès montrent comment le grand comté de Carcassonne-Razès se fragmente en micro-régions castrales : ancien Quercorbès, Haute-Vallée de l’Aude, terroirs de vigueries (1) et d’officialatus (2) qui structurent la vie seigneuriale et l’encadrement des populations. Dans ce cadre, Quercorbès apparaît comme :

    • un pays castral cohérent (bassin de Chalabre, vallées de l’Hers et de leurs affluents) ;

    • une entité voisine du Razès, du Sabartès et de l’Olmes, partageant avec eux la même logique de « pays » féodaux.

    Privilégier « Quercorbès » pour la région médiévale

    Pour désigner la région autour du castellum de Quercorb dans une perspective historique et médiévale, plusieurs arguments plaident donc pour les formes Quercorbès / Quercorbense (et leurs variantes) plutôt que pour la forme modernisée « Kercorb » :

    1.     Conformité aux sources médiévales

    Les chartes, testaments et notices latines ou occitanes emploient des dérivés de Quercorb en Querc-, avec des fins en -corb / -corbes / -corbense. Ce sont ces formes qui structurent réellement l’imaginaire médiéval du pays.

    2.    Inscription dans le système des « pays »

    Comme le Razès, le Sabartès, l’Olmes ou le Carcassès, le Quercorbès est conçu comme une subdivision du pagus toulousain ou carcassonnais, un ministerium ou une viguerie associée à un honneur castral. Le mot se prête naturellement à l’analogie avec Razès ou Sabartès, ce qui n’est plus le cas de « Kercorb ».

    3.    Distinction entre l’histoire et l’usage contemporain

    Rien n’empêche de conserver « Kercorb » comme graphie identitaire actuelle, porteuse d’un imaginaire local, d’une marque touristique ou d’un récit moderne (Il n’y a pas si longtemps des panneaux annonçaient fièrement au visiteur : « Chalabre Capitale du Kercorb »). Mais il est indispensable de la distinguer de la forme historique savante : pour l’époque médiévale, l’orthographe Quercorbès / Quercorbense reste la plus rigoureuse ».

    Sources : Histoire de la Terre Privilégiée de Casimir Pont, Le Cartulaire des Trencavel, Les Comtes de Foix de Claudine Pailhès, Wikipédia (sources multiples ). 1-Petite circonscription administrative et judiciaire locale, ou un viguier juge les affaires au nom d’un seigneur ou du roi. 2-ou officialité, désigne la juridiction ecclésiastique de l’official, c’est-à-dire le tribunal de l’évêque.

  • C'était hier : La chapelle du Calvaire... ressuscitée

    L'article en ligne avait paru dans l'Indépendant, édition du lundi 11 mars 1996.

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    Frédéric Paillard († Juin 2024) montre les fissures du contrefort, qui menacent le clocher

    Photo archives, Février 1996

    Le « Mont Calvaire » qui domine Chalabre au nord, est perché d'une chapelle dont l'origine remonte au XIe siècle, remaniée ensuite au cours des différentes périodes (XIIIe, XVIIe, XIXe). Ce lieu délaissé voire oublié depuis quelques années bénéficie depuis peu des soins d'un ouvrier spécialisé, requis par la municipalité chalabroise et l'ASPAK, association présidée comme chacun sait par Mme Marie-Louise Saddier.

    Ancien artisan et compagnon du tour de France, Frédéric Paillard restaure depuis mai 1995 ce lieu de prières et de pèlerinages, en se mettant au service des Chalabrois soucieux de la préservation des anciens ouvrages. En dix mois de travail, nombre de réparations ont été réalisées, avec parfois la collaboration des employés municipaux, notamment lors de la réfection partielle de la toiture. Le mobilier intérieur, les statues et toiles anciennes, les menuiseries ont tour à tour été traitées et restaurées avec le plus grand soin, afin d'endiguer les assauts de la moisissure, des vers et autres insectes destructeurs. Frédéric Paillard s'est également chargé d'effectuer un inventaire des travaux restant à réaliser et un premier bilan laisse entrevoir un chantier qui pourrait être étalé sur plusieurs années, la réfection des murs extérieurs étant devenue indispensable (piquetage et recrépissage).

    Plusieurs projets susceptibles d'apporter une manne financière ont été évoqués, tels l'organisation de concerts de musique les beaux jours venus, de repas champêtres ou encore des processions, telles qu'elles se déroulaient dans un passé relativement proche.

    Au début de l'ère chrétienne, juste un simple oratoire aurait figuré sur le mont, l'origine de l'édifice actuel pouvant être situé au début du XIe siècle. Le choeur de la chapelle représente la partie d'origine la plus ancienne (roman tardif), divers agrandissements et remaniements auraient eu lieu notamment au XVIIe, date supposée de l'aménagement du chemin de croix, comme en atteste les dates des trois croix placées en façade sud de la chapelle (1605, 1610, 1620). L'agrandissement final serait du milieu du 19e siècle d'après la date située sur la clef de voûte du centre, 1842. Anciennement appelée « chapelle de réparation », la chapelle du Calvaire était un lieu à caractère pénitentiel, dédiée au Christ et à la Vierge, Notre Dame des 7 douleurs, dont la statue figure à la nef sud. Un petit ermitage accolé à la chapelle fut habité en permanence jusqu'au milieu du XIXe siècle, par une succession d'un ou deux ermites de vocation.

    Ceux qui prétendent n'avoir jamais connu de vendanges en Kercorb en seront pour leurs frais, puisque les coteaux du Mont Calvaire étaient recouverts de vignes qui faisaient vivre une petite corporation de vignerons. Ces derniers se réunissaient une fois par semaine, le dimanche matin, dans une cabane commune de base circulaire (la hutte ronde), où ils déjeunaient ensemble avant de partir à la messe de Chalabre. Démantelé en 1907 après la terrible épidémie de phylloxéra, le vignoble fut détruit, seuls les plus fortunés des vignerons replantèrent un cépage américain, les autres, ruinés, durent trouver une autre activité. Ce petit rappel historique permet d'évoquer également les cloches données en 1630 par Jehan Antoine de Bruyères, fondateur du couvent des pères capucins, qui desservaient la chapelle au XVIIe siècle.

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    Ces cloches résonneront elles à nouveau dans l'espace chalabrois, Frédéric Paillard s'emploie sans compter afin de pourvoir à la restauration de ce lieu privilégié, en espérant parfois le retour des « marguilliers » du Calvaire, congrégation appartenant dans les années 1700 à la « fabrique » paroissiale, et qui prenait part aux dépenses inhérentes au nécessaire entretien de la chapelle.

    Sources, « Chapelle du Calvaire, Recueil tiré des archives de Chalabre » Marie-Louise Saddier