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Commémorations - Page 58

  • « Ils allaient, ils chantaient, l’âme sans épouvante… »

    Poilus.JPGAoût 1914, les jeunes Chalabrois sur le quai de la gare, s'apprêtent à rejoindre le front.

    Le texte qui suit avait été écrit en 1998 par Marie-Louise Saddier, à l'occasion du 80e anniversaire de l'Armistice de 1918 (publié dans L'Indépendant du dimanche 15 novembre 1998).

    Il y a 84 ans, c'étaient les mêmes jeunes soldats pleins de bravoure et d'honneur que ceux de l'An II de la République, magnifiés par Victor Hugo. Ils étaient partis dans l'enthousiasme défendre la patrie en danger et c'est dans la boue avec le cœur meurtri qu'ils sont tombés, « suite à des blessures causées par des éclats d'obus », comme il est écrit dans les registres d'état civil de 1915, 1916, 1917, 1918. Et c'était dans la Meuse, en Argonne, sur la Marne, dans la Somme ou dans l'Aisne, aux confins de la Belgique ou à Monastir en Grèce.

    A Chalabre, au monument aux Morts, devant la statue représentant la France meurtrie, mais campée fièrement dans sa dignité et devant la stèle aux 38 noms de jeunes Chalabrois dont les patronymes évoquent nos familles, la minute de recueillement pendant la sonnerie aux morts fut intense d'émotion. Le discours du ministre d'état lu par M. le maire de Chalabre ressuscita tous les souvenirs dans le cœur des plus anciens, les plus jeunes écoutaient avec le sens du solennel. Les gerbes que portaient Sylvain, Xavier, Jérôme, Frédéric et Sébastien, les hymnes interprétés avec toujours la même recherche de justesse et de sobriété par l'ensemble Batucada, la fin de la cérémonie se déroula au cimetière devant la stèle érigée en mémoire de tous les soldats tués au champ d'honneur.

    Précédant le dépôt de la gerbe des anciens combattants, les plus petits de l'école primaire accompagnés de leur instituteur et de quelques parents, vivant peut-être eux-mêmes ce que devaient avoir vécu les parents des jeunes disparus de 1914 à 1918, ont déposé une rose sur les tombes du carré des soldats morts pour la France. Ainsi Antoine Sérié, qui le 4 septembre 1916 est mort à 28 ans à Cerisy-Gailly dans la Somme, ainsi Antoine Villeneuve, ainsi Paulin Barrière, mort à 37 ans sur la Marne à Prouilly, ainsi François Tourtrol, mort trois mois après la déclaration de guerre en Belgique, à 20 ans, ainsi Sylvain Siran, ainsi Paul et Jean Aragou (dont les registres n'indiquent aucune trace). Ainsi Paul Lafitte, qui à 21 ans est mort en mai 1915 à la bataille de Carency, ainsi Albin Faure, mort le 18 septembre 1918 dans le secteur des Eparges dans la Meuse, « tué à l'ennemi », ainsi Raymond Rigaud. Ainsi tous ceux là dont les corps ont été regroupés dans le carré militaire ont reçu en ce 11 novembre 1998, l'hommage de Gaël, Anaïs, Christophe, Laura, Alexi, Christelle, Dorian, Julie, Vincent et Jennifer, Nicolas et Aurélie, Michel, Audrey, Claude, Hugo. Avec une rose, ils ont su dire merci. Tous ceux qui accompagnaient cette cérémonie ont dû ressentir en eux-mêmes la grandeur d'une telle rencontre, hors du temps. « Ils allaient, ils chantaient, l'âme sans épouvante, et les pieds sans souliers ! » (Victor Hugo, Les Châtiments).                  

                                        Marie-Louise Saddier (2006)

         

     

  • L’Armistice de 1918 a été commémoré

    11 Nov 2009.JPGLe monument du souvenir a été fleuri.   

    Le souvenir de la Grande Guerre et la signature de l'Armistice à Rethondes ont été célébrés mercredi à l'occasion d'une cérémonie qui a rassemblé les anciens combattants de Rhin et Danube et de la Fnaca, Christian Guilhamat et son conseil municipal, Roger Rosich conseiller général, les présidents d'associations, une délégation de sapeurs-pompiers et l'adjudant Michel Canilhac pour la brigade de gendarmerie. Le cortège ouvert par les porte-drapeaux Louis Arcizet, François Grauby et Lazare Hernandez a fait une halte devant la maison natale du docteur Joseph Raynaud, avant de se diriger vers le monument aux Morts, aux accents du quatuor de la formation Batucada.

    Le 91e anniversaire de la fin des hostilités a permis à chacun de saluer la mémoire des 1 400 000 soldats «morts pour la France» et de rendre un hommage tout particulier aux 64 enfants de Chalabre qui ne sont jamais revenus. Tué le 31 décembre 1918 à 30 ans à Benndorf en Pologne, Léopold Bourrel fut le dernier Poilu chalabrois victime d'une guerre particulièrement meurtrière. La transcription de son décès effectuée le 13 novembre 1919 porte cette mention spéciale : «Mort après l'Armistice ». Après le dépôt de gerbe et les sonneries, une visite était rendue au carré militaire où les enfants ont déposé une rose à la mémoire de leurs aînés, victimes d'une guerre qui aurait dû être « la der des der ».11 Nov 2009 bis.jpg

    Le cortège a ensuite rallié le cours Sully en musique et après avoir remercié les porte-drapeaux, Christian Guilhamat invitait l'assistance à rejoindre la salle du conseil municipal pour le traditionnel vin d'honneur.  

  • Un monument pour perpétuer le souvenir

    Neige 28 -01-2006 021.jpgL'ouvrage d'art réalisé en 1923 par le Biterrois Jean Magrou.   

    Avec la signature de l'Armistice à Rethondes, la Grande Guerre prend fin le lundi 11 novembre 1918. A la veille de la commémoration du 91e anniversaire de la suspension des hostilités, il est un monument qui semble dressé là depuis toujours, tant les conflits meurtriers n'ont cessé de jalonner l'histoire et d'habiter la mémoire collective.

    En 1919, les vétérans des armées de terre et de mer de Chalabre lanceront une souscription pour construire un monument à la mémoire de leurs compagnons de combat tombés au champ d'honneur : « Pour remplacer leur tombe absente par un tombeau symbolique, où leurs noms seront inscrits ». Les appels d'offre seront lancés par voie d'affiche et après avoir procédé à l'adjudication en mairie le 29 avril 1923 (cf copie ci-dessous), la réalisation de l'ouvrage d'art sera confiée au sculpteur Jean Magrou, pour une somme de 44.360 francs. Au terme de la même année, le maire Joseph Amiel et son conseil municipal présideront à la cérémonie inaugurale. La statue en marbre de Carrare posée sur un socle de pierre taillée représente une femme drapée à la romaine, s'appuyant sur un faisceau de licteur.

    Adjudication 1923 blog.JPG

    C'est au pied de ce symbole des sacrifices consentis pour la liberté que les Chalabroises et les Chalabrois viendront le mercredi 11 novembre prochain afin d'honorer la mémoire des enfants de Chalabre victimes de la guerre 1914-1918. Le rassemblement devant la mairie est prévu à 11h, le cortège se rendra au monument aux Morts pour le traditionnel dépôt de gerbe et la visite au carré militaire. Christian Guilhamat et le conseil municipal invitent leurs administrés à s'associer nombreux à cette journée du souvenir.  

  • Le jeudi 24 août 1944, Victor Baro et la 2e DB entraient dans Paris occupée

    Portrait Victor Baro.JPG

    Le sergent Victor Baro alias Juan Rico, sous l'uniforme de « La Nueve ».

    La célébration du 65e anniversaire de la libération de Paris offre l'occasion d'évoquer le souvenir de notre concitoyen Victor Baro, combattant de la première heure disparu en 1987 et qui prit part aux combats pour la libération de Paris aux côtés de ses compagnons de « La Nueve », élément avancé de la 2e DB commandée par le général Leclerc.

    Constituée en Tripolitaine en février 1942, la « Force L » appartenait au Régiment de Marche du Tchad, premier régiment rallié à la France libre, véritable brigade internationale à forte dominante française. Le 8 mars 1943, la campagne d'Afrique est terminée, les forces françaises font route vers l'Algérie et le Maroc. C'est à Sabratha, région de Tripoli, que la « Force L » va devenir la 2e division française libre dans les forces combattantes, puis le 24 août 1943, la 2e division blindée (2e DB), équipée avec du matériel américain.

    Le général Leclerc confie alors au jeune lieutenant de réserve Raymond Dronne, le commandement d'une compagnie dans laquelle une forte majorité de volontaires espagnols est recensée. Ces hommes ont combattu dans les rangs de l'armée régulière de la République ou dans les milices populaires face aux militaires factieux du conspirateur Franco. Certains sont en Afrique du Nord arrivés directement depuis l'Espagne, les autres en nombre plus important ayant quitté la France et les camps d'internement après le tragique épisode de la « Retirada » en février 1939. C'est le cas de Victor Baro, natif de Barcelone et détenu dans le camp du Barcarès d'où il « s'échappe » en s'engageant dans les Corps Francs d'Afrique du Nord. Ces éléments façonnés par une guerre fratricide et motivés par leur soif de revanche sur les troupes d'Hitler, qu'ils ont affrontées dans leur pays, vont intégrer une compagnie qui sera baptisée « La Nueve » (la 9). En mai 1944, ces troupes embarquent à Oran sur le navire Franconia, direction la Grande-Bretagne via le Groenland et l'Islande. Débarquées dans le port écossais de Greenhoc, elles réceptionnent leur matériel de guerre en provenance de Casablanca. Leurs véhicules seront baptisés de noms évoquant l'Espagne et sa république étranglée, Teruel, Madrid, Guernica, Guadalajara, Brunete, et les Cosaques, pour le half-track de commandement du lieutenant Dronne. Ils sont Espagnols, ils sont en Angleterre, ils sont équipés d'uniformes américains et ils se battent dans une unité française.

    Nueve.jpgLa 9e Compagnie, au premier rang Raymond Dronne (5e à partir de la droite), au 4e rang Victor Baro (1er à partir de la droite).

    Quand la radio annonce le débarquement en Normandie, la 2e DB intégrée à la IIIe armée américaine du général Patton s'élance sur les routes de l'Angleterre, direction Southampton. Le 4 août, Juan Rico, nom de guerre du tirailleur lourd Victor Baro et ses compagnons posent le pied sur le sol de France à Saint Martin de Varreville (Utah Beach). Le 12, ils sont à Alençon où Victor Baro et Manuel Lozano mettent hors de combat un blindé chenille allemand armé de mitrailleuses qui remontait la colonne, ce qui leur vaudra la croix de guerre avec citation. Le 21 août, alors qu'il se trouve devant Argentan, le général Leclerc est informé que la Résistance, qui s'est soulevée à Paris le 18 août, livre de violents combats dans toute la ville.

    Mais en date du jeudi 24 août, les troupes des colonels Billotte, Dio et Langlade sont toujours bloquées aux portes de Paris. Leclerc qui applique les principes de l'attaque à tout prix depuis que les Français sont entrés en Normandie, lance un ordre au capitaine Dronne : «Dronne, filez sur Paris, entrez dans Paris, passez où vous voudrez, dites aux Parisiens de ne pas perdre courage, que demain matin la division toute entière sera dans Paris».

    Le soir même à 20h 41, trois chars et trois sections sur half-track de « La Nueve » entrent dans Paris par la Porte d'Italie. C'est une folle kermesse, une foule immense entoure les voitures et embrasse les équipages. A 22h 20, il fait encore jour lorsque les sections Michel Elias et Miguel Campos de la 9e Cie arrivent sur la place de l'hôtel de ville, accueillies par les FFI du colonel Henri Rol-Tanguy, ancien des Brigades Internationales, blessé sur le front de l'Ebre. Une formidable Marseillaise retentit et les cloches de Paris sonnent à toute volée, accompagnées par le bourdon de Notre-Dame. Juan Rico et l'avant-garde du Régiment de Marche du Tchad sont reçus en héros dans Paris libérée. Plus tard dans la soirée, Raymond Dronne installé dans un lit de camp à même le trottoir entendra monter un chant hérité de l'Espagne des guerres napoléoniennes, le fameux «Paso del Ebro ».

     « La Nueve » prolongera les combats en direction de l'Allemagne, pour atteindre Berchtesgaden et le nid d'aigle d'Hitler, le 5 mai 1945. Des 144 hommes de « La Nueve » qui embarquèrent à Southampton, seuls seize purent apprécier une liberté retrouvée.